Club EME

Pr Philippe Marteau

Il se dit beaucoup de choses sur le microbiote ! C'est aussi le terrain de nombreuses élucubrations. Pour faire un point sérieux sur la question, ne manquez pas la prochaine réunion des EME, au cours de laquelle nous recevrons le Pr Philippe Marteau (Sorbonne Université et APHP, Hôpital St Antoine, Paris)

Le microbiote intestinal désigne les communautés de micro-organismes qui résident ou transitent dans le tube digestif. Des rôles majeurs en physiologie et pathologie viennent de lui être découverts grâce à des outils nouveaux de biologie moléculaire et de transferts de microbiote en expérimentation animale, ceci bouleversant nos connaissances. Ses fonctions sont pour beaucoup bénéfiques (symbiose) : effet de barrière contre les pathogènes, immuno-modulation, métabolismes divers, et actions sur la trophicité, la perméabilité et la motricité intestinales. On comprend de mieux en mieux les mécanismes écologiques de ses déséquilibres (dysbioses). Des dysbioses, parfois très spécifiques, sont observées au cours des troubles digestifs liés aux antibiotiques, de l’intestin irritable, de maladies inflammatoires de l’intestin mais aussi au cours de néoplasies digestives, de l’obésité, de maladies hépatiques, d’allergies et d’affections neuropsychiatriques. Une manipulation du microbiote à des fins curatives ou préventives est possible en utilisant des micro-organismes probiotiques, des substrats prébiotiques ou la transplantation de microbiote fécal.
Les applications médicales de ces progrès récents ne sont pas encore nombreuses et les prescripteurs doivent garder la rigueur de la médecine fondée sur les preuves. L’automédication est fréquente dans ce domaine et des produits revendiquant les effets probiotiques ou prébiotiques de qualité variable sont disponibles certains n’ayant fait l’objet d’aucune étude. Le prescripteur professionnel de santé doit connaitre le niveau de preuve d’effet de ces approches dans chacune des indications potentielles. Il doit conseiller les produits dont l’efficacité est prouvée et éviter les autres. Les effets à niveau de preuve élevés existent mais sont, à ce stade, encore limités.

Professeur Philippe Marteau,
(Sorbonne Université et APHP, Hôpital St Antoine, Paris)